Enlevez vos chaussettes et regardez vos orteils. Touchez et ressentez les, leur chaleur et leur fermeté. Maintenant remuez les un peu, et puis tentez d’en bouger un seul, un des petits orteils, le faire monter et descendre. En êtes-vous capable? Je ne le suis pas, et peu de personnes peuvent contrôler leurs orteils séparément. Enfermés dans nos chaussures à longueur de journée, une partie bougeante, articulée et importante de notre corps est peu habitée. Pour la majorité d’entre nous, nous avons peu de contrôle moteur sur nos orteils, certaines personnes ont même du mal à bouger leurs doigts de manière indépendante. Et pourtant ils sont là, une partie belle et bien physique de nous même qu’on ne maîtrise pas. Nous pouvons apprendre à les utiliser, mais cela prend du temps, d’abord en travaillant la sensation, suivi de l’action, en affinant avec le temps les mouvements ou vers le haut ou bas, tout en gommant les mouvements parasites des autres orteils. Après un certain nombre de semaines, le cerveau et le corps se sont adaptés, et nos orteils prennent une partie plus complète de notre schéma corporel, finalement intégré en nous même.
De manière semblable, quand l’esprit se pose et que nous regardons notre monde, nous sommes fascinés par le jeu de l’ombre. Nous voyons les schémas et mouvements, les couleurs et textures, et nous prenons ceci pour notre monde, quand en fait, ce n’est que la danse des ombres et lumières projetée par nous même. Nous en sommes tellement ensorcelés que nous ne remarquons pas que l’on reste figé et fixé, nous ne tentons même pas de se tourner vers la lumière, il ne nous vient même pas à l’esprit que l’on pourrait bouger. Avec l’esprit apaisé, nous pouvons remarquer cette fixation. Comme avec nos orteils nous pouvons tenter d’amener notre présence ailleur, de se détourner de ce jeu d’ombre et de lumière, et comme pour nos orteils avec de nombreuses semaines de trébuchement nous développons la capacité de changer de vue, de voir ce même spectacle de perspectives différentes, et éventuellement, de s’en détourner complètement et de regarder directement dans la lumière dont il provient. Et finalement nous commençons à voir ce qui est, et de vivre nos vies plus complètement.
Merci à Jimmy Grégard et Lilyana Yordanova